Desassossego

Desassossego. « Ma santé va plutôt bien et mon esprit a été curieusement moins chagrin. Même dans ces conditions une vague inquiétude me torture, une chose que je ne puis appeler autrement que démangeaison, comme si j’avais des pustules à l’âme. Ce n’est que dans ce langage absurde que je peux vous décrire ce que je ressens. Tout cela, cependant, ne s’apparente pas vraiment à ces états d’esprit chagrins, dont je vous parle parfois, et où la tristesse est de toute évidence une tristesse sans cause. Mon état d’âme actuel a une cause. Autour de moi tout s’éloigne et s’effrite. Je n’emploie pas ces deux verbes dans la perspective de la tristesse. Je veux seulement dire que, chez les gens que je fréquente, se produisent ou vont se produire, de changements, des achèvements de période de vie, et que tout cela – comme pour un vieil homme qui, voyant mourir autour de lui ses amis d’enfance, imagine sa mort proche – me suggère je ne sais de quelle mystérieuse façon que mon existence doit, va changer aussi. » Fernando Pessoa, Livre(s) de l’inquiétude, 1982, Marie Hélène Piwnik, Christian Bourgeois, p.217

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  1. L’horloge qui est là derrière dans la maison déserte parce que tout le monde dort, égrène lentement le quadruple son argentin qui sonne quatre heure au sein de la nuit. Je n’ai pas complètement les yeux fermés, ma vue faible est ourlée d’une lumière qui me vient de loin. Ce sont les réverbères allumés là en bas aux confins abandonnés de la rue. Cesser, dormir, remplacer cette question intervallaire par des choses meilleurs, mélancoliques et dites en secret à ceux qui ne les connaîtrait pas. Cesser, couler, passé fluide et riverain, flux et reflux d’une vaste mer le long des côtes dans une nuit où on dormirait vraiment. Cesser, exister incognito à l’extérieur, être le mouvement des branches dans une allée écartée, une chute de feuilles légères, plus devinée que perçue, haute mer des lointains et fins jets d’eau et tout l’indéfini des parcs dans la nuit, perlée dans les entrelacs sans fins d’un labyrinthe naturel, dans les ténèbres. En finir, cesser d’être enfin mais avec une survie métaphorique. Etre la page d’un livre, une mèche de chevelure dénouée sous l’oscillation d’une vigne vierge sous une fenêtre entrouverte n’est pas sans importance sous la nue du gravier d’un tournant. La dernière haute fumée du village qui s’endort, le fouet du charretier oublié au bord matinal de la route. L’absurde, le désordre, l’anéantissement, tout sauf la vie. Et je dors à ma façon, sans sommeil ni sans repos, cette vie végétative sans suppositions, sous mes paupières insomniaques, flotte comme l’écume paisible de l’universel, un reflet lointain d’un réverbère muet de la rue.

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