Enchères : la fabrique du luxe

Enchères : la fabrique du luxe. Nouvelle vente chez Artcurial aujourd’hui : la culture urbaine, avec de nombreux lots de la marque de skate et produits dérivés américaine Supreme. On vend la Ferrari de Johnny. « Allez dire à un type que vous voulez mettre en vente son ballon de basket Supreme dans six mois alors qu’il peut le vendre le lendemain pour un prix similaire » explique Fabien Naudan, le vice-président d’Artcurial qui a mis, dans le plus grand secret, « près de deux ans à traquer, négocier et obtenir chacun des 145 lots qui constituent la vente C.R.E.A.M. du 16 mai. Un événement assez unique dans l’univers des enchères où il est question de trois décennies de culture urbaine dans ce qu’elle a de plus anecdotique et aussi de plus symbolique » résume Caroline Rousseau dans Le Monde. C.R.E.A.M. l’acronyme de Cash Rules Everything Around Me (l’argent règne en maître autour de moi) illustre l’inflation monétaire et symbolique du luxe orchestré par les ventes aux enchères. La même maison avait organisé le mois dernier la vente des objets et mobilier du Ritz : le lot de 12 flûtes de champagne siglées était monté à 3900 euros, soit 325 euros la pièce, sans parler des cintres – le lot de 65 estimé à 100 euros est parti à 3100, soit près de 50 euros le cintre. Ni du bureau et chaise copie Louis XV ayant accueilli le postérieur de Coco Chanel vendus à 182 000 euros…

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3 thoughts on “Enchères : la fabrique du luxe

  1. Fétichisme de la marchandise. L’étrange engouement pour les symboles, voire les restes usagés du luxe rappelle immanquablement les propos de Karl Marx sur le fétichisme de la marchandise : À la fois saisissable et insaisissable, il ne lui suffit pas de poser les pieds sur le sol ; elle se dresse, pour ainsi dire, sur sa tête de bois en face des autres marchandises et se livre à des caprices plus bizarres que si elle se mettait à danser.Dans son dernier livre, Marc Abélès esquisse une anthropologie du luxe, un monde où l’objet est roi et la parure ostentation de la position sociale. Un ethnologue au pays du luxe (Odile Jacob) analyse l’aura que procure à ceux qui en ont les moyens le reflet chatoyant de ce qui est parvenu à « s’émanciper de la sphère du besoin ». Mais une sombre faille reste ouverte par l’étymologie, celle qui apparente luxe et luxure dans le mot latin luxus, qui « renvoie aux idées d’excès, de faste, de somptuosité et de profusion, mais aussi de débauche et d’intempérance ». La dissonance cognitive et sémantique se répercute chez les philosophes : Platon voit dans le culte luxueux du rare et du superflu une menace pour la société, liée à la corruption du goût et à l’avidité. Mais à Rousseau, ennemi du luxe et chantre de « la simplicité des premiers temps », Voltaire oppose dans le Dictionnaire philosophique cet argument moderne : « Si l’on entend par luxe tout ce qui est au-delà du nécessaire, le luxe est une suite naturelle des progrès de l’espèce humaine », ravalant tout adversaire à l’état « non de sauvage, mais d’orang-outan ».

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