« Il est impossible à un homme qui s’efforce continuellement de s’abriter des maux qu’il redoute et de se procurer le bien qu’il désire,…

« Il est impossible à un homme qui s’efforce continuellement de s’abriter des maux qu’il redoute et de se procurer le bien qu’il désire, de ne pas être dans un souci perpétuel de l’avenir. Aussi tous les hommes, et spécialement ceux qui voient le plus loin, sont-ils dans un état semblable à celui de Prométhée : car de même que Prométhée (dont le nom, une fois traduit, donne : l’homme prudent) était attaché sur le mont Caucase, endroit d’où la vue s’étend fort loin, et où un aigle qui se nourrissait de son foie dévorait le jour ce qui en renaissait dans la nuit, ainsi l’homme qui regarde trop loin devant lui par souci de l’avenir, a le cœur rongé tout le jour par crainte de la mort, de la pauvreté ou de quelque autre malheur : et son anxiété ne connaît ni apaisement ni trêve, si ce n’est dans le sommeil. Cette crainte perpétuelle qui accompagne sans cesse l’humanité plongée dans l’ignorance des causes et, pour ainsi dire, dans les ténèbres, doit nécessairement prendre quelque chose pour objet. (…) C’est peut-être en ce sens que quelqu’un des anciens poètes a dit que les dieux ont d’abord été créés par la crainte humaine. » Hobbes, Léviathan, XII (« De la religion »), traduction de Gérard Mairet (Sirey,1983) p.201

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